La route vers l’attelage à QUATRE – Partie 3
par Hardy Zantke
Maintenant que vous vous êtes préparé, que vos chevaux sont prêts et que vous avez réuni tout le matériel nécessaire pour atteler à quatre, je vous avais promis quelques conseils supplémentaires concernant la conduite proprement dite.
Lorsque vous êtes prêt à atteler votre quatre pour la première fois — après avoir beaucoup travaillé tous vos chevaux en paire et en tandem, avoir rassemblé tout votre matériel et, idéalement, avoir même eu l’occasion de prendre quelques leçons d’attelage à quatre — il vaut mieux ne pas être seul au moment du grand saut.
Prévoyez au minimum deux bons assistants, mais quatre seraient encore mieux, ainsi qu’un meneur expérimenté en attelage à quatre qui pourra vérifier que tout est correctement installé.
Vous pouvez atteler vos timoniers comme vous le faites habituellement lorsque vous les menez en paire, à ceci près que vous aurez ajouté les palonniers de volée à la tête du timon.
Les chevaux doivent rester parfaitement immobiles, avec des grooms à leur tête, pendant que vous amenez les chevaux de volée et les placez en position. Là encore, des grooms doivent rester à leur tête pendant que l’on fixe les guides d’accouplement, que l’on passe ensuite les guides de volée vers l’arrière et que l’on attache et règle les traits à la bonne longueur.
Vous devez alors prendre vos guides. Les livres allemands expliquent comment les régler à la bonne longueur dès que l’on est encore au sol et comment les placer correctement dans la main. Mais si vous avez manqué ce chapitre, ce n’est pas dramatique.
Vous pouvez monter sur le siège et, tant que vos chevaux restent calmes et que les grooms sont toujours à leur tête, régler vos guides afin d’avoir un contact léger avec les quatre chevaux. Vous donnez alors votre ordre pour partir au pas.
J’espère que vous avez entraîné tous vos chevaux à partir ensemble au même moment sur votre ordre. Personnellement, j’utilise une demi-parade comme préparation ; au relâchement de celle-ci, je donne mon signal vocal et tous démarrent ensemble.
Marchez seulement sur une courte distance et vérifiez que les quatre guides ont la bonne longueur dans votre main gauche, le haut du corps légèrement incliné vers l’avant et le bras gauche légèrement tendu. Si ce n’est pas le cas, réglez-les.
Veillez à garder également le contact avec les timoniers et à ce que les chevaux de volée soient hors traction.
Lorsque tout est correctement réglé, arrêtez-vous à nouveau et placez votre pince-guides juste derrière votre main gauche. Puis repartez.
Cette position légèrement penchée vers l’avant, avec le bras gauche quelque peu tendu, est malheureusement nécessaire au pas lorsque l’on utilise une pince-guides — ce qui n’est pas très élégant et explique en partie pourquoi les puristes n’aiment pas cet accessoire.
Les guides doivent en effet être plus courtes au trot. Lorsque vous commencez à trotter, vous pouvez alors vous redresser, ramener votre main près de votre corps devant la poitrine et conserver malgré tout le bon contact avec les chevaux de volée et les timoniers, tout en maintenant la volée hors traction.
Une fois la pince-guides correctement réglée, repartez au pas. Restez cependant quelque temps dans un pas détendu afin de vous habituer à l’ensemble.
Si vous avez une longue ligne droite devant vous, vous pouvez également prendre un petit trot, tant que tout reste calme et détendu.
Lorsque c’est le cas, travailler au trot est souvent même plus facile qu’au pas — du moins tant que vous allez tout droit.
Les tournants
Pour les tournants, revenez au pas.
Comme en tandem, les chevaux de volée doivent être hors traction dans les virages. Sinon, ils tireraient la tête du timon vers l’intérieur du tournant, déséquilibreraient les timoniers et vous feraient couper le virage.
Pour mettre les chevaux de volée hors traction, il faudrait donc raccourcir leurs guides.
Et c’est ici que commence un peu la magie de l’attelage à quatre — et du tandem également.
Pour sortir les chevaux de volée de la traction, il suffit de prendre une grande boucle sur la guide intérieure de volée.
Prenons un exemple : vous effectuez un virage à 90° vers la droite.
Vous saisissez la guide droite de volée avec votre main droite, environ 20 cm devant votre main gauche, puis vous ramenez votre main droite vers votre main gauche.
Vos chevaux de volée tournent alors vers la droite tandis que vos timoniers continuent encore tout droit.
Les chevaux de volée se retrouvent donc en angle par rapport aux timoniers. La guide gauche de volée doit alors parcourir une distance beaucoup plus longue jusqu’à la bouche du cheval de volée gauche, puisqu’elle est écartée vers la gauche par la tête du timonier gauche.
Vous avez ainsi automatiquement raccourci votre guide gauche de volée.
Vous avez raccourci la guide droite en prenant une grande boucle ; la guide gauche s’est raccourcie d’elle-même parce qu’elle doit contourner davantage la tête du timonier gauche.
Résultat : les chevaux de volée ont effectué leur tournant, mais ils sont également revenus vers vous puisque leurs deux guides ont été raccourcies.
Ils sont donc hors traction et ne peuvent plus déséquilibrer les timoniers ni tirer la tête du timon dans le virage.
Il est important de bien réfléchir à ce mécanisme et de le comprendre, car c’est l’une des bases fondamentales d’un attelage à quatre correctement mené.
La plupart des débutants prennent des boucles trop petites. Ils ne sont pas habitués à reprendre autant de guide intérieure dans un tournant, que ce soit en simple ou en paire.
Les meneurs de tandem n’ont pas non plus besoin de prendre des boucles aussi grandes puisqu’ils n’ont qu’un seul timonier au lieu de deux. Leur guide extérieure de volée ne doit donc pas parcourir une distance supplémentaire aussi importante que dans un attelage à quatre, où les deux têtes des timoniers sont davantage écartées.
C’est également la raison pour laquelle un meneur de tandem peut plus facilement conduire à deux mains sans perdre autant de contact. Il peut souvent effectuer ses tournants sans même prendre de boucle.
Mais dans un attelage à quatre, lors d’un tournant à angle droit, cette boucle est nécessaire.
Prenez donc plutôt une boucle trop grande que trop petite. Il est beaucoup plus facile de rendre une partie d’une boucle trop grande que d’en reprendre davantage lorsque l’on s’aperçoit qu’elle était insuffisante.
Les timoniers dans les virages
Un autre point extrêmement important est d’éviter que les timoniers ne tombent vers l’intérieur du virage. Sinon, vous allez également toucher le coin intérieur.
Dans le tournant, la tête de votre timonier intérieur doit pointer vers ce que j’appelle « la luge », c’est-à-dire l’espace entre les croupes des deux chevaux de volée.
Vous disposez de trois aides pour obtenir cela.
Premièrement, gardez votre main gauche — celle qui tient toutes les guides — près de votre corps afin de maintenir le contact avec les timoniers.
S’ils commencent à tomber vers l’intérieur, déplacez votre main vers l’intérieur du tournant. Cela raccourcit la guide du timonier extérieur et contribue à garder la paire vers l’extérieur.
Si cela ne suffit pas, soyez prêt à utiliser le fouet sur le flanc intérieur de votre timonier intérieur et/ou à l’appeler par son nom afin de lui demander d’avancer davantage.
En avançant, il tire le côté intérieur de la voiture vers l’avant, ce qui déplace légèrement le timon vers l’extérieur — voir Pair Driving 102 — et vous évite de toucher le coin intérieur.
L’utilisation du fouet sur le côté intérieur du timonier intérieur est l’une des interventions au fouet les plus importantes en attelage à quatre.
Vous devrez l’utiliser régulièrement pour éviter que les timoniers ne tombent vers l’intérieur.
J’en viens maintenant à la troisième aide.
Habituellement, lorsque les chevaux commencent à travailler en attelage à quatre — ce que, soit dit en passant, la plupart d’entre eux adorent, puisque ce sont des animaux grégaires et que plus on est de fous, plus on rit ! — les timoniers ne tombent pas encore spontanément vers l’intérieur.
Ils n’ont pas encore compris qu’ils vont toujours finir par suivre les chevaux de volée.
Les deux méthodes décrites ci-dessus sont donc généralement suffisantes.
Si vous les appliquez correctement, vos chevaux apprendront probablement également à ne pas tomber vers l’intérieur.
Mais si vous devenez négligent, ils commenceront à le faire, puisqu’ils apprennent que, dans les virages, ils suivent de toute façon les chevaux de volée quelques instants plus tard.
Lorsqu’ils ont ainsi « appris » à tomber vers l’intérieur, il faut employer une méthode plus énergique : ce que l’on appelle une opposition.
L’opposition consiste à prendre une petite boucle sur la guide du timonier extérieur.
Ainsi, contrairement à la GRANDE boucle sur la guide INTÉRIEURE DE VOLÉE, pour une opposition nous prenons une PETITE boucle sur la guide du TIMONIER EXTÉRIEUR.
Cette boucle doit être prise AVANT d’arriver dans le tournant et AVANT de prendre la boucle de la guide de volée.
Avec la main droite, prenez la guide du timonier extérieur, formez une petite boucle et placez-la autour de votre pouce gauche.
Puis avancez légèrement votre main droite de manière à ce que les timoniers ne soient pas encore fortement repris sur le mors et que la boucle n’agisse pas encore en les tirant vers l’extérieur.
Prenez ensuite votre grande boucle sur la guide intérieure de volée et commencez votre tournant.
Lorsque les chevaux de volée tournent, si les timoniers commencent à tomber vers l’intérieur, procédez comme expliqué précédemment : ramenez votre main gauche vers vous et vers l’intérieur du tournant.
Mais cette fois, la petite boucle de la guide du timonier extérieur se trouve autour de votre pouce gauche.
Elle entre alors en action lorsque les timoniers retrouvent davantage de contact sur le mors à mesure que votre main revient vers vous, et elle doit les maintenir vers l’extérieur.
Cependant, il ne faut pas compter uniquement sur l’opposition.
Vous devez également utiliser votre fouet sur le timonier intérieur, faute de quoi vous risquez de provoquer une contre-incurvation des timoniers.
Voir Pair Driving 102 concernant la bonne incurvation d’une paire en faisant avancer le cheval intérieur. Le principe est exactement le même ici avec les timoniers.
Puisque l’opposition agit en sens contraire, il faut compenser son effet avec le fouet intérieur et demander au timonier intérieur d’avancer.
Une fois le tournant terminé, vous pouvez progressivement rendre la boucle de la guide de volée ainsi que l’opposition éventuelle afin de remettre l’attelage droit.
Utilisation du fouet
J’ai déjà évoqué l’importance d’utiliser le fouet sur le timonier intérieur dans les tournants.
Passons maintenant aux chevaux de volée.
Dans les parties précédentes, j’ai déjà expliqué combien il est difficile d’atteindre les chevaux de volée avec le fouet.
C’est pourquoi on voit souvent des meneurs expérimentés d’attelage à quatre disposer, pendant l’entraînement ou la détente, d’un très long fouet ressemblant presque à une canne à pêche et suffisamment long pour atteindre plus facilement les chevaux de volée.
Souvent, c’est le groom qui l’utilise pendant la détente ou à l’entraînement.
Les chevaux de volée doivent en effet savoir que, même s’ils sont généralement suffisamment en avant, vous pouvez toujours les atteindre avec le fouet.
Sinon, ils finissent par comprendre qu’ils peuvent devenir paresseux et ne réagissent même plus lorsque vous les appelez par leur nom.
À l’entraînement, il est donc utile d’appeler le cheval de volée par son nom et, s’il ne réagit pas, de lui donner immédiatement une petite touche de fouet.
La difficulté consiste à lui donner cette touche sans effrayer les timoniers lorsque le fouet passe près d’eux.
Voici quelques possibilités pour l’entraînement :
- le groom qui lance de petits cailloux ;
- le groom utilisant un long fouet télescopique ;
- le groom marchant — ou courant — à côté du cheval de volée : vous appelez le cheval par son nom et, s’il ne réagit pas, le groom le touche sur le côté.
Enfin, voici probablement votre meilleure chance d’atteindre vous-même un cheval de volée avec votre fouet d’attelage à quatre depuis le siège sans frapper vos timoniers au visage.
Décrivez un grand cercle du côté du cheval de volée auquel vous voulez rappeler que vous pouvez toujours l’atteindre avec le fouet.
Déployez votre fouet et tenez-le prêt, orienté vers le côté du cheval que vous souhaitez toucher.
Appelez son nom.
S’il ne réagit pas, faites décrire au fouet un grand mouvement circulaire, bien éloigné du timonier intérieur, en passant par l’intérieur de votre cercle, puis touchez le cheval de volée intérieur sur le côté.
C’est probablement votre meilleure possibilité d’atteindre le cheval de volée sans perturber les autres chevaux de votre attelage.
Il faut le faire de temps à autre afin que les chevaux de volée sachent que vous êtes toujours aux commandes, qu’ils doivent continuer à répondre à votre voix et que vous êtes encore capable de les atteindre avec votre fouet s’ils décident de ne plus écouter.
Bien entendu, c’est plus facile du côté droit pour atteindre le cheval de volée droit.
Atteindre le cheval gauche dans un cercle à gauche en passant par-dessus est nettement plus compliqué.
Mais lui aussi doit, de temps en temps, recevoir ce petit rappel : oui, vous pouvez encore l’atteindre.
Le reculer
Pour obtenir un reculer relativement droit, faites simplement reculer vos timoniers.
Autrement dit, prenez uniquement les deux guides des timoniers et demandez-leur de reculer, en oubliant dans un premier temps les chevaux de volée.
Lorsque vos timoniers font reculer la voiture, ils vous font également reculer sur le siège.
Votre main recule alors automatiquement et, une fraction de seconde après les timoniers, cela demande également aux chevaux de volée de revenir avec vous.
De cette manière, les traits des chevaux de volée contribuent à maintenir la tête du timon droite et vous aurez moins de risques d’effectuer un reculer de travers — même si vous ne disposez pas de ce nouveau système moderne de frein de cinquième roue qui aide à garder le reculer droit.
La maniabilité
Quand on sait à quel point la maniabilité peut être difficile avec un cheval seul ou une paire, il est parfois impressionnant de voir ce que réalisent les meneurs d’attelage à quatre entre les cônes.
Je vais vous révéler un petit secret bien gardé :
la maniabilité avec un attelage à quatre bien entraîné est en réalité plus facile qu’avec une paire.
Tout d’abord, un attelage à quatre bénéficie déjà de 10 cm supplémentaires de largeur autorisée.
Ensuite, la voiture d’attelage à quatre est elle-même 10 cm plus large.
Les chevaux disposent donc finalement d’environ 20 cm de marge supplémentaire par rapport à une paire.
Et les chevaux ne sont pas idiots.
Après avoir suffisamment travaillé la maniabilité, ils comprennent parfaitement le principe et cherchent eux aussi à passer au milieu.
Lorsque le meneur dirige correctement ses chevaux de volée vers la porte, ceux-ci parviennent souvent à rester bien au centre, et tout le reste de l’attelage suit généralement correctement.
Avec une paire, les chevaux disposent de 20 cm de moins et la voiture arrive immédiatement derrière eux.
De plus, la vitesse imposée pour un attelage à quatre est nettement inférieure à celle demandée à une paire ou à un cheval seul.
Ainsi, si les attelages à quatre commettent généralement beaucoup moins de fautes en maniabilité que les simples ou les paires, ce n’est pas nécessairement parce que leurs meneurs sont tellement supérieurs !
La véritable supériorité des meilleurs meneurs à quatre apparaît dans les obstacles du marathon.
C’est là que cela devient réellement difficile — et ce que les grands meneurs parviennent à réaliser dans ces obstacles est véritablement extraordinaire.
J’espère qu’avec ces quelques conseils, je vous aurai donné quelques bases pour mener correctement un attelage à quatre.
Oui, c’est un rêve pour beaucoup.
Oui, c’est un véritable défi.
Mais lorsque tout est en place, mener un attelage à quatre bien dressé et parfaitement sage procure également des sensations extraordinaires.
Peut-être qu’un jour vous pourrez vous aussi transformer ce rêve en réalité.
Et même si ce n’est pas avec vos propres chevaux, cela peut être simplement à l’occasion d’une leçon quelque part.
Grâce à ce qui précède, vous connaîtrez alors déjà quelques principes et ne serez plus tout à fait débutant.
Tous mes vœux, et j’espère que vous aurez un jour le plaisir de mener à quatre.
Hardy


